Questions-réponses | Claude pour les associations
Prosper Global : nouvelles perspectives rendues possibles par l'IA dans le secteur humanitaire


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En savoir plusProsper Global est une organisation humanitaire internationale qui gère plus de 200 programmes dans plus de 35 pays. Nayid Orozco y occupe le poste de responsable des solutions d’IA et de leur déploiement. Il supervise l’utilisation de Claude au sein de l’organisation, de l’administration de l’espace de travail Enterprise à la définition des règles encadrant l’utilisation des données. Nous l’avons interrogé sur l’expérimentation menée par Prosper Global auprès de 13 équipes, sur les changements qui s’opèrent lorsque les équipes de terrain ont directement accès à ces outils et sur la place que pourrait occuper l’IA dans l’avenir de l’action humanitaire.
Anthropic : Qu'est-ce que l'IA a réellement changé pour une organisation comme la vôtre, qui s’appuie sur 13 équipes ?
Nayid Orozco, Prosper Global : Dans de nombreux secteurs, le débat consiste à déterminer si l'IA entre en concurrence avec les humains ou si elle permet simplement aux équipes de faire un peu plus vite ce qu'elles faisaient déjà avant. Dans notre secteur, c'est différent : L'IA nous permet de faire des choses tout simplement hors de notre portée jusqu’ici ou pour lesquelles nous n'aurions jamais eu les ressources nécessaires, même si nous savions que ces tâches étaient essentielles. Synthétiser de grandes quantités de données et les enseignements tirés de nos expériences pour en dégager des conclusions utiles était en général irréalisable pour nous. Avec Claude, c’est désormais possible, et à un rythme compatible avec les exigences de notre travail, particulièrement soutenu dans le secteur humanitaire. Nous avons désormais les moyens de nos ambitions et nous pouvons progresser vers un fonctionnement fondé sur l’apprentissage continu.
Anthropic : Vous pilotez ce déploiement au quotidien. En quoi consiste votre rôle et quelles équipes utilisent le plus Claude ?
Nayid Orozco : Je travaille au sein de notre département Technologie au service du développement, où j’assure la liaison entre les équipes qui utilisent Claude et nos collègues chargés des questions juridiques et de la protection des données. Les équipes qui utilisent le plus Claude sont celles chargées de la redevabilité envers les communautés et du suivi, de l’évaluation et de l’apprentissage.
« L'IA nous permet de faire des choses tout simplement hors de notre portée jusqu’ici ou pour lesquelles nous n'aurions jamais eu les ressources nécessaires, même si nous savions que ces tâches étaient essentielles. »
Anthropic : Comment l’équipe MEL utilise-t-elle Claude dans son travail ?
Nayid Orozco : Le suivi, l’évaluation et l’apprentissage sont essentiels pour mesurer l’efficacité et les résultats de nos programmes. Ils nous permettent de déterminer si nous contribuons réellement à améliorer les conditions de vie des populations. L’un de nos principaux défis consiste à mettre en place des cadres d’analyse cohérents, non pas pour un seul programme, mais pour l’ensemble de nos quelque 200 initiatives. Cela passe notamment par l’élaboration et l’amélioration des modèles logiques qui guident la conception de nos programmes et de nos stratégies, ainsi que des cadres d’indicateurs qui permettent d’en mesurer les résultats. Nous devons également traiter des jeux de données, réaliser des analyses statistiques en temps réel et transformer des documents sources disparates en synthèses étayées des données recueillies dans le cadre de nos programmes, souvent en anglais, en espagnol et en français. Ces synthèses servent ensuite à rendre compte de nos activités aux bailleurs de fonds et à prendre des décisions plus éclairées, fondées sur les données. L’un de nos conseillers a expliqué qu’en élaborant avec Claude un cadre d’indicateurs complet, comprenant un énoncé d’impact, quatre résultats et quatorze produits, il avait eu le sentiment de travailler avec un véritable partenaire de réflexion, et non de simplement utiliser un outil de mise en forme.
Anthropic : Pouvez-vous nous donner un ou deux exemples concrets de tâches irréalisables jusqu’ici ?
Nayid Orozco : Pour nos recherches au Soudan, nous avons pu réaliser en un jour et demi une analyse de données de marché qui nous aurait normalement demandé environ une semaine, si tant est même que nous ayons pu la mener à bien, et qui aurait été beaucoup moins rigoureuse. Le script de traitement qui en est issu est désormais en production, ce qui permet de réaliser des analyses répétées pour mieux comprendre les perturbations et les évolutions du marché dans l'une des régions les plus vulnérables au monde.
Au Pakistan, Claude a aidé notre équipe à diagnostiquer une panne complexe dans DHIS2, le système d'information de santé que nous prenons en charge dans le cadre du programme national de lutte contre la tuberculose, dans sept provinces et plus de 15 000 établissements de santé. Tout a été résolu en une seule conversation avec Claude, alors qu’il aurait fallu plusieurs jours, voire plusieurs semaines, à un développeur expérimenté. Dans le domaine de la recherche, nous avons également réalisé en une vingtaine d’heures un travail de conception dont nous avions estimé la durée à environ 280 heures. Mais il ne s’agit pas seulement de gagner du temps. Nous avons aussi considérablement approfondi notre travail : les équipes peuvent désormais mener des analyses et des modélisations bien plus poussées qu’auparavant.
Au Kenya, notre équipe JobTech Alliance en offre un autre exemple : ses membres, qui ne sont pas issus du génie logiciel, ont créé leur propre serveur MCP pour interroger une base de données SQL contenant un million de lignes. C’est le type de capacité technique qui nécessitait auparavant l’intervention d’une équipe de développement spécialisée.
Anthropic : Le siège délègue désormais une partie de ce travail aux équipes locales. Que pensez-vous de cette évolution ?
Nayid Orozco : C’est un changement considérable. C’est un changement considérable. Les équipes locales sont celles qui connaissent le mieux les réalités du terrain. En leur donnant accès à Claude, nous leur permettons de tirer parti de cette connaissance approfondie du contexte pour réaliser leurs propres analyses, sans devoir attendre l’intervention du siège. Nous avons tiré des enseignements essentiels du déploiement de Claude auprès des équipes de terrain, dans des environnements très divers. Ces équipes ont besoin de conserver le contexte d’une session à l’autre, pour ne pas avoir à le reconstituer à chaque utilisation. Elles ont également besoin d’informations techniques fiables, tenant compte des différentes versions des systèmes, d’une solution adaptée aux connexions Internet à faible débit dans les zones reculées et de formations courtes et pratiques plutôt que de longues séances. Résultat : Les équipes peuvent agir plus directement sur les programmes, prendre davantage de décisions fondées sur les données et adopter une gestion adaptative plus naturelle. Nous nous éloignons ainsi des modèles traditionnels de gestion descendante au profit d’initiatives pilotées localement. Au-delà des gains de productivité, c’est cette évolution qui nous paraît la plus importante dans le déploiement de Claude sur le terrain.
Anthropic : Comment abordez-vous la protection des données et la supervision humaine ?
Nayid Orozco : Nous avons mis en place deux types de garanties pour protéger les communautés concernées par nos rapports. La première concerne les données. Avant toute utilisation de Claude, nous examinons les informations et supprimons les éléments permettant d’identifier directement les personnes, ainsi que les contenus les plus sensibles. Les données d’entrée et de sortie générées sont conservées pendant une période par défaut, afin de détecter d’éventuels abus, puis supprimées. Conformément aux conditions commerciales de notre offre Enterprise, les données des clients ne sont jamais utilisées pour entraîner les modèles. Nous avons consigné l’ensemble de ces dispositions dans une analyse d’impact relative à la protection des données. La seconde garantie repose sur la supervision humaine : nous avons veillé à maintenir une intervention humaine à chaque étape essentielle.
Anthropic : Avez-vous été surpris par certaines réactions du personnel ?
Nayid Orozco : Ce qui m’a le plus surpris, c’est la fréquence à laquelle les collaborateurs ont cessé de parler de Claude comme d’un outil de productivité pour le décrire comme un véritable partenaire de réflexion. L’un d’eux a expliqué que Claude lui posait les bonnes questions pour l’aider à trouver de meilleures réponses. Ce n’est pas le genre de remarque que je m’attendais à entendre à propos d’un logiciel.

Transformez des ressources limitées en impact durable. Générez des demandes de subvention, suivez les résultats de vos programmes et laissez votre équipe se consacrer au service de votre communauté.
En savoir plus« Notre priorité dans le secteur humanitaire est de faire en sorte que les bénéfices de l’IA profitent aussi aux acteurs locaux, au lieu de rester l’apanage des grandes organisations »
Anthropic : Que conseilleriez-vous à une organisation humanitaire qui souhaite utiliser l'IA de manière responsable, mais ne sait pas par où commencer ?
Nayid Orozco : Commencez par des projets modestes et bien délimités, et placez la protection des données au cœur de votre démarche dès le départ, plutôt que de vous en préoccuper après coup. Réalisez une analyse d’impact relative à la protection des données pour chaque cas d’usage concret avant d’en étendre le déploiement, car les risques sont liés à l’utilisation qui est faite de l’outil, et non à l’outil lui-même. Privilégiez les tâches répétitives et volumineuses ou celles qui demandent un effort intellectuel important, car c’est là que les bénéfices se manifestent le plus rapidement. Maintenez une supervision humaine pour toute activité susceptible d’avoir des conséquences sur la sécurité ou la dignité des personnes. Enfin, investissez dès le début dans la formation et la création de prompts communs. Bien souvent, ce qui fait la différence entre ceux qui adoptent Claude avec enthousiasme et ceux qui renoncent à l’utiliser, c’est tout simplement d’avoir appris à s’en servir efficacement.
Anthropic : Quelles sont les prochaines étapes pour Prosper Global ?
Nayid Orozco : Nous collaborons avec de nombreux partenaires, pour la plupart locaux, et nous souhaitons leur donner, à eux aussi, les moyens d’accéder à l’IA et d’en tirer parti, au lieu d’en réserver les bénéfices à notre seule organisation. Une grande partie du secteur se concentre sur ses usages propres de l'IA. Pour nous, le véritable enjeu est d’améliorer l’efficacité des acteurs locaux, jusqu’à ceux qui interviennent au plus près des communautés, car c’est à ce niveau que les actions produisent concrètement leurs effets.
Cette approche commence déjà à prendre forme au sein de l’Impact Alliance, une initiative réunissant trois grandes ONG qui souhaitent travailler de manière plus coordonnée, plus efficace et en accordant davantage de place aux initiatives locales. Cette alliance comprend Prosper Global, Save the Children et CARE. Dans ce cadre, nous avons lancé un chantier baptisé CommunityInsights Engine, qui prévoit d’utiliser Claude pour analyser les retours des communautés. Cette initiative montre comment cette démarche pourrait s’étendre au-delà de Prosper Global.
Notre plateforme Innovation Catalyst est une autre initiative en cours. Elle vise à mettre l’IA au service de l’impact social en l’intégrant à nos activités d’investissement à impact, d’innovation et de collaboration avec les acteurs du marché.
Anthropic : Comment voyez-vous l’avenir de l’IA dans le secteur humanitaire ?
Nayid Orozco : L’IA peut nous aider à passer d’un secteur qui exploite encore trop peu les enseignements tirés de ses propres actions à un secteur capable de les mettre systématiquement à profit, de manière efficace. Ce changement permet d’améliorer la conception et la mise en œuvre de nos programmes, et d’avoir un impact plus important sur la vie des populations auprès desquelles nous intervenons. Claude est particulièrement adapté à ces besoins grâce à ses capacités en matière de recherche opérationnelle, de capitalisation des connaissances et d’analyse de données qualitatives. Or, c’est précisément sur ce type d’analyse et d’apprentissage que repose notre travail. Notre priorité est de faire en sorte que les bénéfices de l’IA dans le secteur humanitaire profitent aussi aux acteurs locaux, au lieu de rester l’apanage des grandes organisations.